Saison 2018-2019

Mis en avant

La première séance de la saison aura lieu le vendredi 14 septembre. Les horaires ont changé pour l’année, le vendredi de 20h à 22h, mais le lieu est le même : CSU Sarrailh (RER B Port Royal), salle 2 (à l’étage).

Pas besoin d’inscription pour les trois premières séances. Passée cette date, il faudra s’inscrire au Chapitre des Armes (formulaire ici) et à l’AS-PSL, soit via le BDS votre école, si elle fait partie de PSL, soit via ce lien. Pour toute information complémentaire, consultez la section dédiée.

Plus d’informations seront en ligne bientôt ; vous pouvez nous contact à l’adresse suivante : chapitredesarmes@gmail.com.

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L’épée seule de Joachim Meyer, Partie 1 : Introduction

L’épée à une main est l’arme du XVIe siècle. Elle apparaît au début de ce siècle et est utilisée dans la plupart des pays de l’époque. C’est l’arme commune des bourgeois des villes, qui la portent au côté de façon quasi-systématique, car elle fait partie du costume civil.

Cette arme est également le reflet des avancées technologiques de l’époque : nombre de traités qui lui sont dédiés sont des livres imprimés, ce qui en a permis une distribution plus large que pour les armes plus anciennes, dont le support était souvent manuscrit. Il y a de plus des endroits où l’épée de côté est une arme nouvelle. Certains auteurs cherchent donc à intégrer cette pratique inédite à une tradition déjà existante, ce qui est le cas de Joachim Meyer avec l’art du combat de Liechtenauer.

Il n’existe cependant que peu de ressources en français sur l’épée seule de Joachim Meyer. Je vous propose donc une série d’articles sur cette thématique. Vous y trouverez des passages de textes traduits, les illustrations du livre, mais aussi des vidéos d’interprétation des pièces ainsi que des commentaires en explicitant le contenu et les principes.

A propos des traductions que vous trouverez ici : la plupart des passages traduits sont de l’auteur de ces articles, sauf les passages tirés de la partie sur le dussack, qui proviennent de la traduction de P-A Chaize. Pour le reste des textes, la traduction est personelle. Celle-ci est d’ailleurs souvent plus littéraire que littérale, afin de coller au maximum au texte tout en restant facile à lire en français. Ce choix est dû au style de Joachim Meyer, qui est assez lourd et contient beaucoup de redondances. La langue employée, avec son vocabulaire et sa grammaire, nécessite également plus qu’une simple traduction mot à mot pour être pleinement intelligible en français. C’est pour ces raisons que les traductions concerneront essentiellement les pièces d’escrime plutôt que les discours périphériques.

En attendant qu’une traduction plus complète soit réalisée en français, l’ouvrage de référence est The Art of Fencing par Jeffrey L. Forgeng dont vous pourrez trouver une bonne critique sur le site du Caroussel des AMHE.

Présentation du Discours détaillé sur l’art du combat et du manuscrit de Lundt

Joachim Meyer est un coutelier strasbourgeois, originaire de Suisse, qui a vécu au milieu du XVIe siècle (1535-1571). Il est à l’origine de trois ouvrages sur l’escrime, deux manuscrits et un imprimé. L’un de ses manuscrits, le manuscrit de Rostock, est une compilation d’anciens textes d’escrime liés à la tradition de Johannes Liechtenaueur, figure mythologique de l’escrime allemande de la fin du Moyen Age. Le second manuscrit est un ouvrage dédié à un de ses anciens élèves, Otto Graf von Sulms, Minzenberg und Sonnenwaldt. Il traite de trois armes : l’épée longue, le dussack et l’épée seule, appelée « Rapier ». Ce manuscrit va servir de travail préparatoire à son livre imprimé, qui sera son œuvre majeure.

Publié en 1570, le Discours détaillé sur l’art du combat est un ouvrage monumental, décrivant l’usage des armes maniées par les bourgeois dans les salles d’armes et autres démonstrations publiques. L’auteur présente ainsi l’épée longue, le dussack, la « Rapier », la dague et la lutte, ainsi que les armes d’hast que sont le bâton, la hallebarde et la pique.

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Page de garde du Discours détaillé sur l’art du combat

Il y a ainsi 5 parties, regroupées en 3 livres. L’épée longue constitue à elle seule le premier livre ; les armes à une main, le dussack et la « Rapier » occupent le second livre, et le corps à corps est accolé aux armes d’hast dans le troisième livre.

Place de la « Rapier » dans les ouvrages

La « Rapier » est la troisième arme présentée dans le manuscrit de Lundt, ainsi que dans l’imprimé de 1570 et cette place n’est pas anodine. L’épée longue est l’arme pédagogique par excellence. C’est par celle-ci que Joachim Meyer démarre son enseignement de l’escrime, qui servira de base générale pour les autres armes. Cela est d’ailleurs explicitement dit dans la partie sur le dussack : « je commence le dussack, qui a les mêmes bases que l’épée longue, (qui est, rappelons-le, le fondement des principes du combat, à deux mains comme à une main). ».

Le dussack est la première arme du second livre, celui sur les armes à une main. Il y a là encore une explication à cela : le dussack est en effet « l’origine et une base de pratique pour toutes les armes utilisées à une main », ce qui inclut la « Rapier » qui sera traitée après. Cela signifie également que la « Rapier » de Joachim Meyer ne peut et ne doit se comprendre qu’après avoir un minimum étudié les armes précédentes, car elle en utilise beaucoup de principes.

Quelle est l’arme qu’utilise Meyer ?

Selon Joachim Meyer, la « Rapier » est une arme nouvelle pour les Allemands, qui jusque-là pratiquaient essentiellement le coutelas ou braquemart. Cependant cette affirmation est peut-être à nuancer : trente ans plus tôt, Paulus Hector Mair traite déjà de l’arme que les Allemands appellent « Rapier », et qui est traduite en latin par « épée espagnole pratiquée à la manière des italiens ».

Mais quelle est donc cette arme exactement ? Le nom allemand « Rapier » évoque l’arme que l’on appelle rapière, l’épée à une main d’estoc à longue lame, dont parlent les auteurs de la première partie du 17e siècle. Cependant il n’en est rien : la « Rapier » est assez différente dans sa morphologie et dans son utilisation, et avec elle on fait autant de coups de taille que d’estocs. Les traités contemporains, mais également les autres sources, la désignent simplement sous le terme « épée », tant en français, qu’en italien, qu’en espagnol ou qu’en anglais. C’est pour cela qu’à présent c’est juste le terme « épée » qui sera utilisée pour traduire le mot « Rapier ».

Les gravures et dessins permettent d’avoir une idée claire de l’arme utilisée. C’est une épée à une main, avec une lame plutôt longue et étroite (mais cependant moins qu’une rapière), de grands quillons, un anneau sur le côté extérieur de l’épée et éventuellement une branche devant les doigts. On retrouve cette typologie d’épée dans des traités contemporains, comme celui de Saint Didier, mais également dans d’autres illustrations sans lien avec l’escrime, mais toujours de la même période.

Cette arme existe-t-elle réellement ? Les épées de cette époque qui nous sont parvenues sont souvent assez différentes. La plupart ont en effet une protection de pouce, une ou deux branches supplémentaires pour protéger la main et un pas d’âne, ce qui permet de saisir l’arme en passant l’index devant la garde et qui change beaucoup la prise en main. De plus, les épées varient énormément dans leur masse et la distribution de celle-ci, ce qui en rend certaines plus orientées vers les frappes et d’autres vers le jeu de pointe. A ma connaissance je n’ai pas encore vu d’épée strictement similaire à celles illustrées dans les ouvrages de Joachim Meyer, à la différence des auteurs italiens, dont on trouve plus facilement des épées proches de celles de leurs traités.

Quelles sont les sources contemporaines ?

Joachim Meyer est loin d’être le seul à enseigner l’épée seule. Parmi les auteurs de son temps on peut citer :

  • Henry de Saint Dider
  • Giacomo di Grassi
  • Giovanni dall’Agocchie
  • Angelo Viggiani dal Montone

On remarquera qu’une majeure partie des auteurs contemporains de Joachim Meyer font partie de ce que l’on appelle la tradition bolonaise.

Présentation du plan des articles

La partie sur l’épée seule dans l’imprimé de 1570 se veut pédagogique. La lecture de ses différents chapitres dans l’ordre est d’une complexité croissante et suffit pour comprendre les mécanismes de l’arme. Il donne en premier lieu des généralités sur l’escrime à l’épée, puis enchaîne avec une mise en pratique de la théorie sous forme de pièces.

Cette série d’article suivra un ordre légèrement remanié par rapport à ce que présente Joachim Meyer :

  • Introduction
  • Division de l’arme et de l’adversaire
  • Déplacements et distance
  • Gardes, coups et estocs
  • Défenses et parades
  • Description du combat chez Joachim Meyer
  • Feintes et transformations de coups
  • Travail au fer
  • Combattre depuis la Porte de Fer
  • La garde haute à droite
  • La garde basse à gauche
  • La garde haute à gauche
  • La garde basse à droite
  • La garde de la charrue
  • Les entrées en lutte
  • Epée et dague  – Principes
  • Epée et dague  – Pièces
  • Epée et cape
  • Epée contre armes d’hast

Antiquité – Combat gaulois

Le combat gaulois est un terme générique pour désigner les méthodes et stratégies de combat, seul ou en groupe, des guerriers gaulois du IVème au Ier siècle avant JC. Cette période couvre d’un coté les échanges avec les peuples grecs, et va de l’autre jusqu’à la fin de la période de l’Indépendance, la conquête de la Gaule par Jules César.

Pour le combat il s’agit d’une pratique dynamique, où le bouclier sert tout à la fois d’arme défensive et offensive. Le travail de groupe sacrifie les prouesses personnelles au profit de la cohésion et la défense du groupe entier.

Les armes utilisées sont le grand bouclier ovale à manipule, la lance, l’épée et quelques armes spécifiques d’origines grecques ou romaines.

Sources étudiées

Le combat gaulois, comme toutes les pratiques antérieures au XIIIème siècle, a la particularité de ne pas avoir à sa disposition de source de type manuel. De plus, les civilisations celtes n’étant pas des civilisations de l’écrit, peu de textes écrits par les gaulois eux-mêmes nous sont parvenus.

Il s’agit donc de pratiquer un travail mixte, qui s’apparente à la rétro-ingénierie, mais aussi à la compilation des sources secondaires. L’on va donc partir du matériel et tâcher d’en tirer des théories de pratiques, appuyées ou modifiées par les sources secondaires. Parmi les sources les plus courantes utilisées de concert on peut donc compter :

– Les représentations visuelles, statuettes et statues, dessins et bas-reliefs. Elles permettent des illustrations de mouvements, de proportions ou de combinaisons d’équipements.

– Les textes écrits par les auteurs grecs et latins. À prendre avec précaution, ils donnent de précieuses informations sur les styles, mouvements et états d’esprit des guerriers gaulois.

– Les sources d’études archéologiques comme la traumatologie, l’étude des blessures. Les corps retrouvés sur des champs de bataille ou même dans des tombes permettent de dégager des séries de blessures en contexte guerrier, et d’en tirer des conclusions de vulnérabilité et de coups portés, ainsi que de fréquence d’utilisation des armes rapporté à la fréquence des protections.

– Les objets guerriers retrouvés en fouilles archéologiques : couteaux, épées, boucliers, protections… qui selon leur état et leur construction donnent également de précieuses informations sur leur utilisation.

Le pôle consiste à travailler sur ces sources et en faire l’expérimentation soigneuse lors des séances d’entraînement. Cela permet d’en tirer une pratique cohérente en adéquation avec les sources historiques et les avis des spécialistes universitaires de la question. Le combat individuel est favorisé, le combat de groupe étant abordé lors de séances spécifiques. Une séance type est partagée entre le travail de déplacements, des gestes techniques, et le combat en opposition pour expérimenter.
Le pôle est ouvert à tous, pour l’équipement et les détails n’hésitez pas à consulter le [document de base du combat gaulois] réalisé par les responsables de pôle !

Responsables  : Thibault Gagnage & Gaël Le Follezou

Étudier la faux de Paulus Hector Mair

À la suite de la publication de notre traduction de la faux de Paulus Hector Mair, il nous a semblé judicieux de l’accompagner d’un petit article. Celui-ci a pour vocation d’apporter quelques clés de compréhension sur l’arme et la façon de lire l’auteur, mais également sur la façon de créer un jeu avec cette arme unique et exotique qu’est la faux.

L’arme et son simulateur

La faux est d’abord un outil agricole, utilisé pour la récolte des céréales et le débroussaillage. Avec le fléau ou la faucille, elle fait partie de l’équipement de base du paysan. Si les faux sont facilement modifiables en arme de guerre, avec le redressement de la lame dans le prolongement du manche et la suppression des poignées, le maniement de l’outil tel quel en tant qu’arme de duel est peu commun.

De manière générale et pour un droitier, la faux va être tenue avec la main droite sur la poignée centrale et la main gauche sur la poignée inférieure, comme le ferait un faucheur.

Pour le moment nous utilisons des faux intégralement en bois, le manche comme la lame. Le manche est acheté tout fait avec ses poignées et la lame a été découpée dans du contreplaqué. Le tout est assemblé avec trois écrous.

Il y a également un détail sur lequel il faudra faire attention : l’orientation de la poignée centrale. En effet, nous avons remarqué que s’il est différent de celui représenté dans les images du manuscrit, alors certaines pièces peuvent devenir compliquées à réaliser.

Certains forgerons, sur demande, peuvent faire des lames flexibles en acier.

Les pièces et leur réalisation

La vidéo ci-dessus est une interprétation des différentes pièces de la faux, et sont suivies ci-dessous des éventuels commentaires liés à la mise en mouvement du texte. Dans ceux-ci nous appellerons A la personne agissant d’après les passages en lettres droites et B celui qui agit selon les passages en italiques.

Pièces 1 : La parade effectuée par B se fait de la gauche vers la droite, mais initialement la faux de B est sur la droite dans l’entaille haute.

Pièce 2 : Selon le texte, la pièce débute alors que A et B sont positionnés comme sur l’illustration. Celle-ci semble montrer une entaille inférieure parée avec la lame de la faux. Cette représentation peut être due à une question de place, ou bien elle décrit l’action qui s’est déroulée avant le début de la pièce, à savoir une entaille inférieure parée par une autre entaille inférieure, ce qui permet d’expliquer pourquoi le pied droit se trouve devant.

Pièce 3 : La description de la parade que B fait contre l’entaille médiane de A au §2 est très ambiguë et on ne sait pas déterminer si elle est réalisée avec le manche ou avec la lame.

Pièce 4 : La réponse à l’écarté du §2 est comparable à l’ablauffen que l’on retrouve dans les autres armes.

Pièce 6 : Au §3 le changement de main sur la faux profite du mouvement de déséquilibre offert par l’asymétrie de l’arme. Ainsi la poignée inférieure vient se placer toute seule dans la main droite.

Analyse des pièces

L’escrime décrite chez Mair se résume souvent en une succession de pièces numérotées, illustrées par un couple de combattants et accompagnées par un texte. Pour certaines armes, un commentaire supplémentaire peut exister (comme pour l’épée longue ou le dussack) mais sans qu’il n’y ait de passerelles entre les deux.

Les pièces illustrées décrivent les actions successives de deux escrimeurs, mais ce ne sont pas nécessairement des descriptions de combats. Il faudrait plutôt les voir comme des mises en situation face à une problématique donnée. Pour comprendre l’escrime proposée par Mair, il faut extraire les informations pertinentes des différentes pièces pour reconstruire de manière plus intelligible l’escrime qui y est représentée. En effet les actions décrites chez Mair sont souvent complexes dans leur enchaînement et on peut vite se retrouver à réaliser des gestes improbables. C’est ici que postures et actions de bases ont leur importance. Chaque pièce reprend souvent de nombreux éléments des pièces précédentes, notamment des passages par des positions déjà connues comme les gardes. On retrouve cette façon de faire dans beaucoup de textes de tradition allemande.

Considérant que l’escrime à la faux est présentée d’une manière similaire, on peut envisager un découpage du combat à la faux sur trois axes : des postures, des attaques et des défenses.

Les postures

Les postures ou gardes sont des positions dans lesquelles l’arme amorce ou termine son mouvement. On compte trois postures à la faux :

La posture haute

Elle se prend telle que décrite et illustrée dans la pièce 1 : Tiens-toi avec ton pied gauche devant et tiens ta faux avec ta main gauche sur la poignée inférieure et la droite sur la poignée centrale, sur ton côté droit. (P1, §1)

La posture basse

Elle se prend telle que décrite et illustrée dans la pièce 2 : Tiens-toi avec ta jambe droite devant et tiens ta faux avec ta main droite sur la poignée centrale et ta main gauche sur la poignée inférieure, dans une entaille inférieure. (P2, §1)

Note : la posture basse telle qu’illustrée à la pièce 2 semble être la fin d’une entaille inférieure. Une autre proposition pour la posture basse pourrait être une position avec la faux plus basse que sur le dessin.

La posture médiane

Elle se prend telle que décrite et illustrée dans la pièce 3 : Tiens-toi avec ton pied gauche devant et tiens ta faux avec ta main gauche sur la poignée inférieure et ta main droite sur la poignée centrale, sur ton côté droit dans une entaille médiane. (P3, §1)

Les attaques

On distingue trois attaques : les entailles hautes, les entailles basses et les entailles médianes. Le terme « entaille » est directement issu du verbe « schneiden » dans le texte d’origine, qui décrit l’action d’attaquer à la faux.

Les cibles principales semblent être la tête (16), les bras (9) ou le tronc en général (9), puis les jambes (5). Avec la faux il est possible d’attaquer directement la cible visée (ie. : attaquer la gauche depuis un coup venant de la droite) mais aussi d’attaquer le côté opposé en passant derrière le dos de l’adversaire avec sa lame (cf. P1, §1 ou l’on attaque la droite de l’adversaire en attaquant depuis le côté droit). De plus en fonction de l’angle d’attaque de la faux, on qualifiera l’entaille de supérieure, inférieure ou médiane.

Il faut cependant noter qu’en fonction de la hauteur du coup, une entaille médiane peut être appelée entaille inférieure dans le texte.

L’entaille haute

La première attaque à la faux se fait depuis la posture haute. Depuis celle-ci il faut avancer la jambe droite en même temps que l’on abat son arme vers le côté gauche de l’adversaire. Pour le cas d’une attaque sur la gauche il est nécessaire de croiser les bras en passant par-dessus la tête : entaille-le vers son bras droit de derrière ta tête à devant, que tes bras viennent croisés l’un par-dessus l’autre. (P2, §1)

L’entaille basse

De la même manière que pour l’entaille haute, pour effectuer l’entaille basse, il faut partir de la posture basse et monter son arme avec le déplacement approprié suivant que l’attaque est faite depuis la droite ou la gauche.

L’entaille médiane

Depuis la posture médiane, on vient faucher l’adversaire en faisant un arc avec son arme. Il est possible de réaliser les attaques selon plusieurs lignes et ainsi venir entailler au cou, au corps ou bien à la jambe avec une entaille médiane.

Les défenses

Lorsque l’on regarde le texte, attaquer avec la faux semble nettement plus facile que se défendre. Pour expliciter les mécanismes de la parade, nous allons dans un premier temps extraire les passages décrivant une défense et les regrouper par types de coups parés. Ensuite nous essaierons de dégager les éventuels « types » de parades.

Défenses contre une entaille supérieure

Contre un coup venant de la droite :

  • Saute dans le triangle et écarte-lui l’entaille à l’extérieur avec le devant de ta faux sur ton côté droit. (P1, §2)
  • T’entaille-t-il ainsi en haut, alors recule avec ta jambe gauche et pare-lui son entaille à l’extérieur sur le devant de ta faux. (P1, §3)
  • Écarte-lui son entaille supérieure avec ton manche sur ton côté gauche. (P4, §2 + illustration)
  • Désire-t-il ainsi te placer la pointe et t’entailler, alors monte avec ta faux et écarte-lui [son coup] à l’extérieur sur ta faux sur ton côté droit. (P4, §4 – incertain)
  • Écarte-lui [son entaille] avec ta poignée inférieure. (P6, §2)
  • Monte avec ta faux et écarte-lui son entaille sur ton côté droit. (P7, §2)
  • Écarte-lui [son entaille] entre tes deux mains sur ton manche. Dans le même temps laisse [partir] ta main gauche de la poignée inférieure et recule avec ta jambe gauche. Ainsi tu t’échappes de son entaille. (P7, §3 + illustration)
  • Écarte-lui [son entaille] avec le manche de ta faux sur ton côté droit. (P9, §2 + illustration)

Contre un coup venant de la gauche :

  • Va vers le haut depuis l’entaille inférieure et écarte-lui son entaille à l’extérieur, sur ta faux, sur ton côté droit. (P2, §2)
  • T’entaille-t-il ainsi en haut, alors marche alentour avec ta jambe gauche sur ton côté droit et écarte-lui son entaille avec ton manche sur ton côté droit. (P5, §3)
  • Va à son encontre et écarte-lui son entaille à l’extérieur sur ta faux. (P9, §3)
  • T’entaille-t-il ainsi en dessous, alors place la poignée inférieure de ta faux devant ta jambe gauche et avec ta jambe droite marche aussi vers ton côté gauche et écarte-lui son entaille inférieure avec cela. (P5, §4 – incertain si droite ou gauche)

Défenses contre une entaille inférieure

Contre un coup venant de la droite :

  • Sur la lame de la faux, depuis une entaille inférieure du côté droit. (P2, illustration)
  • T’entaille-t-il ainsi d’en dessous, alors change ta main gauche de la poignée inférieure à la poignée centrale et échange ta main droite avec ta main gauche, qui se trouve sur la poignée inférieure. (P6, §3 – attention, contexte particulier)
  • Va bien vers le bas avec ta faux et presse sa faux au loin avec ton manche. (P10, §3)

Défense contre une entaille médiane

Contre un coup venant de la droite :

  • Marche dans le triangle sur ton côté droit et pare-lui son entaille médiane à l’extérieur sur ta faux. (P3, §2)
  • Écarte-lui [l’entaille] en bas avec ta poignée sur ton côté gauche. (P5, §2)

Contre un coup venant de la gauche :

  • T’entaille-t-il également ainsi avec une entaille médiane, alors va avec ta faux à l’intérieur sur sa faux. Pousse avec cela fortement [loin] de toi sur ton côté droit. (P3, §3)
  • Écarte-lui son entaille supérieure avec le manche de ta faux sur ton côté droit. (P10, §2 – attaque donnée avec main gauche sur la poignée centrale et défense faite depuis l’entaille inférieure)

Contre un crochetage

À la jambe :

  • Va avec ta faux autour du côté gauche de son cou. Tire-le avec cela à toi, ainsi tu es libéré de son entaille inférieure. (P8, §2)

Au cou :

  • Laisse partir ta main gauche de la poignée inférieure. Place-la avec cela sur son manche et pousse fortement vers le haut. Ainsi tu lui écartes son entaille supérieure. (P8, §3)

Type de défenses

Des extraits récoltés plus haut, on voit qu’il y a deux défenses principales avec la faux : la défense avec le devant et la défense avec la poignée inférieure. Ce sont les deux parades qui reviennent le plus souvent et qui rendent les autres presque anecdotiques.

La parade avec le devant de la faux se fait en venant rabattre la faux de l’adversaire sur un côté avec les manches en opposition, comme illustré sur les planches 4 et 9. Le fait de tourner ainsi la faux avec la pointe vers l’arrière permet d’avoir un meilleur impact avec le manche et une meilleure structure avec les bras.

Cette parade est effectuée contre les entailles supérieures et potentiellement sur les entailles médianes même si le texte (voir pièce 3) est très succinct. De même on fait ici le choix de penser que « le devant de la faux » désigne la partie avant du manche et non la lame, quand bien même le manche n’est mentionné que dans les pièces 4 et 9 pour ce type de parade (cependant le texte latin correspondant semble plus explicite).

Le texte donne également un conseil au sujet de cette défense. Il vaut mieux privilégier les parades vers la droite plutôt que les parades vers la gauche. Comme l’indique la pièce 4, parer vers la gauche permet à l’adversaire de facilement désengager sa faux pour armer un nouveau coup, comme pour un ablauffen à l’épée. Cela n’est pas possible avec la faux bloquée en bas sur le côté gauche.

Le second moyen de se défendre est d’utiliser la partie inférieure du manche de faux pour parer les attaques adverses aux quatre ouvertures. Comme le montre notamment la pièce 5, on peut de cette manière protéger toutes les parties du corps des pieds à la tête. Il faut cependant bien aller en opposition avec la main gauche, plutôt que de chercher à parer avec le milieu du manche.

Cette parade fait l’objet de la pièce 7, qui fait apparaitre un contexte assez particulier : B attaque A au bras droit et A est totalement ouvert sur son côté droit et avec sa faux en bas sur le côté gauche, ce qui est la position la plus gênante avec cette arme.

Les crochetages à la faux ont aussi leurs parades. Ceux effectués à la jambe ou au pied sont contrés en venant attaquer la tête ou en crochetant au cou. Les crochetages au cou sont contrés en venant agir sur le manche de la faux adverse, pour la repousser.

Autres techniques

La faux est, dans la majorité des cas, tenue avec la main droite au centre. Cependant il arrive de devoir changer cette disposition de main pour tenir la poignée centrale avec la main gauche. Pour faire ce changement de prise, l’expérience montre que l’on peut procéder ainsi :

  • lâcher la poignée inférieure ;
  • mettre la main libre sur la poignée centrale et la lâcher avec l’autre main ;
  • laisser tourner la faux autour de la poignée centrale ;
  • reprendre la poignée inférieure avec la nouvelle main libre.

Il est ainsi possible de d’enchaîner attaques et changement de mains pour donner des entailles bras ouverts des deux côtés.

De manière plus générale, il est possible de lâcher la poignée inférieure pour dégager le manche de sa faux (pièce 7) ou pour changer de prise (pièce 6).

Proposition d’un jeu à la faux

On prendra comme base la Convention des Joueurs d’Epée car elle s’adapte très bien à l’escrime de Mair avec ses notions de coups armés et de retraites.

Le point le plus problématique lorsque l’on regarde la faux est la caractérisation du « coup valide ». Contrairement à la majorité des autres armes où certaines actions sont systématiquement parées comme les coups (haw) et les estocs (stich) et d’autres non comme les entailles (schnit), la faux n’utilise que ce seul terme d’entaille pour désigner ses attaques.

Or si certains endroits semblent évidents à défendre comme les parties génitales (pièce 10), cela est plus ambigu pour d’autres cibles. La pièce 8 en est le parfait exemple : la première entaille à la jambe n’est pas parée et est contrée en tirant l’adversaire à soi par le cou. Le contact est bien réel car le texte parle de se libérer de l’entaille à la jambe dans un second temps. Idem pour la dernière partie de la pièce avec une entaille au cou qui est repoussée en agissant avec la main sur le manche adverse.

On peut déjà définir de manière arbitraire que les coups portés avec la pointe de la faux sont valides. Pour différencier une entaille d’un placement de lame, on pourrait considérer un mouvement d’entaille avec la lame, de la cible vers soi, après un contact avec une cible valide.

Conclusion

Le jeu à la faux est certainement la partie la plus exotique de l’ouvrage de Paulus Hector Mair. Si sa présence peut sembler fantaisiste, elle trouve cependant une place cohérente au milieu du fléau, de la faucille et du long gourdin, qui font écho au monde paysan qui côtoie celui des bourgeois au début du 16e siècle. Cette excentricité n’est pas non plus là pour masquer un corpus technique pauvre. Malgré son nombre de dix pièces, l’ensemble permet de créer une gestuelle riche et cohérente. La seule question qui se pose encore, et qui restera certainement longtemps sans réponse, est celle du contexte de pratique, qui renforce un peu plus l’aspect unique du duel à la grande faux.

L’épée-bocle I.33

La (ou le) bocle est un petit bouclier circulaire d’une trentaine de centimètres de diamètre. Très populaire durant le moyen-âge et la Renaissance, celui-ci était utilisé en combinaison avec une épée ou un gourdin et porté par des militaires mais aussi et surtout par des civils. Dans ce cadre, il sert notamment à protéger les mains du combattant, qui sont très vulnérables lors d’un assaut à l’épée, tout en étant bien moins encombrant qu’un grand bouclier.

Sources étudiées

L’objectif du pôle d’étude épée-bocle est d’étudier les techniques historiques relatives à cette combinaison d’armes dans le cadre d’une escrime civile, en se concentrant sur les manuscrits d’escrime médiévaux. Trois sources majeures seront utilisées pour cela.

  • Le manuscrit MS I.33, également appelé Walpurgis Fechtbuch, est le plus vieux manuscrit d’escrime retrouvé à ce jour et est daté de 1300 environ. Il y décrit en latin un vaste panel technique soutenu par un contenu théorique important bien qu’implicite. 
  • Andres Liegnitzer est un clerc allemand de la fin du XVe siècle et livre dans le MS Dresden 6 enchaînements de techniques qui sont également très riches en termes techniques et se marient très bien avec les bases décrites dans le I.33.
  • Finalement, Hans Talhoffer, un autre maître allemand du XVe siècle qui a laissé plusieurs traités d’armes bien illustrés, a abordé dans trois d’entre eux des techniques d’épée bocle à l’interprétation compliquée mais qui complètent et enrichissent le jeu proposé par le I.33.

Le pôle est ouvert à toutes (anecdote rarissime, une femme est représentée les armes à la main, défaisant le maître) et à tous, sans distinction de niveau. Les séances seront partagées entre l’étude technique des manuscrits et le combat en opposition afin de mettre en pratique ce qui a été étudié.

Responsables : Arthur Boutillon & Esther Lourdelet.

Traduction : le dussack de Paulus Hector Mair

Paulus Hector Mair (1517 – 1579) est un fonctionnaire de la ville d’Ausbourg passionné par les arts martiaux. Il a passé une partie de sa vie à collectionner les livres d’armes et il a fait réaliser le plus imposant traité qui nous soit parvenu, l’Opus Amplissimum de Arte Athletica qui est une gigantesque compilation du savoir martial de l’époque.

Cet ouvrage qui comporte deux volumes a été réalisé en trois exemplaires, un en allemand, un autre en latin et enfin un dernier qui est écrit dans les deux langues. Cette passion, très coûteuse, ainsi que son train de vie luxueux lui firent détourner une partie de l’argent de la ville pour ses réalisations. Paulus Hector Mair fut arrêté, condamné puis pendu comme un voleur à l’âge de soixante-deux ans.

Thomas Rivière nous propose une transcription et une traduction de la partie de son oeuvre consacrée au dussack.