Épée de Côté Bolonaise

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Présentation

L’épée de côté (sidesword en anglais, spada da lato en italien) est une arme transitionnelle, entre l’épée à une main « classique » et la rapière. Elle s’utilise de taille comme d’estoc, seule ou accompagnée d’une dague, d’une bocle, d’une rotella (sorte de grand bouclier rond à énarmes), d’une cape, voire d’un gant renforcé ou d’une autre épée de côté. Cette arme est surtout utilisée au cours du XVIè siècle, même si l’on peut, en poussant un peu, en trouver des traces au début du XVIIè siècle. Elle est très répandue dans les États italiens, notamment autour de Bologne, mais se retrouve aussi en Angleterre, en France et en Allemagne.

Le contexte d’utilisation de cette arme est très vaste. L’utilisation première est une pratique courtoise, en salle, entre amis; cependant, elle peut aussi être employée dans un contexte de self defence ou de duel, avec une intention de tuer assez fréquente (cf. certains conseils de Manciolino, Marozzo ou Saviolo). Un point cependant est assez clair : ces traités sont dédiés à des nobles, ou du moins à des gens de bonne société, et décrivent un combat de cour, très influencé par la définition du courtisan que donne Baldassare Castiglione dans son Libro del Cortigiano. La notion la plus importante dans ce cadre culturel est celle de sprezzatura, qui désigne pour faire simple la capacité à faire quelque chose de très compliqué en le faisant passer pour très simple ; il s’agit notamment d’une qualité essentielle de l’artiste dans la philosophie esthétique italienne de la Renaissance.

Auteurs

Je vous propose d’étudier en premier lieu la tradition bolonaise, via deux traités : l’Opera Nova d’Antonio Manciolino, publié originellement vers 1523, et l’Opera Nova d’Achille Marozzo, publié une première fois en 1536 et une seconde en 1558. Il est aussi envisageable de se pencher sur His Practise, in two books de Vincentio Saviolo, représentant d’une tradition italo-anglaise.

Les deux premiers peuvent être considérés comme les maîtres les plus importants de l’école bolonaise. Leur style se caractérise par une grande élégance, de grands mouvements qui à mon sens servent autant à impressionner un éventuel public qu’à troubler l’adversaire, et une approche complète, qui prend en compte l’épée seule ou avec un autre accessoire, mais aussi la lance, la dague ou l’épée longue. La différence principale entre le traité de Manciolino et celui de Marozzo est la pédagogie : Manciolino est relativement clair, et commence par présenter les différentes attaques et défenses qui se font pour chaque garde, là où Marozzo est souvent obscur, et plonge tout de suite son lecteur dans des jeux assez longs et complexes.

Saviolo est quant à lui une des figures principales de l’escrime élizabéthaine, et son traité, s’il se concentre en premier lieu sur l’épée seule, est explicitement adaptable à toutes sortes de combinaisons (épée + dague, bocle, rotella…) ; probablement ancien soldat, il est aussi plus brutal que Marozzo, et privilégie souvent des frappes mortelles.

Responsable : Raphaël Rigal et Jérémy Peyronnet

Sources primaires